Blog consacré à la langue portugaise et culture lusophone. "Minha pátria é a língua portuguesa" Fernando Pessoa Lusophilement vôtre
l y a un an, j’ai écrit le livre « Mon père ce héros – Petite histoire de l’immigration portugaise ». La seule chose qui m’importait en le faisant c’était de témoigner de ma propre expérience d’enfant d’immigrés ayant sauté le pas comme près d’un million d’autres Portugais dans les années 60 mais aussi et surtout de rendre hommage à mon père, qui s’en est allé en 2013, ici, en France, sa terre d’accueil. C’était un homme simple, qui exerçait le métier de tailleur au Portugal et qui a quitté son pays pour offrir un avenir meilleur à sa femme et à ses enfants. Il a traversé clandestinement la frontière espagnole, il a été arrêté par la Guardia civil, il a été relâché, il a franchi la frontière française, la peur au ventre, marchant la nuit, se cachant le jour. Puis il est enfin arrivé en France, à Saint-Denis, dans l’un des plus grands bidonvilles « portugais » de la région parisienne. Il a trouvé du travail dans un chantier, a abîmé ses mains de « docteur » pour subvenir aux besoins de sa famille, qui l’a rejoint peu de temps après.
Pour moi, mon père était un héros.
Rien ne peut effacer la douleur immense ressentie après la perte d’un être cher, pas même un livre, surtout pas un livre. Un livre, ce ne sont que quelques souvenirs jetés à froid sur notre passé, ce ne sont que quelques idées qu’on éponge avec du papier buvard, ce ne sont que des mots qu’on aligne maladroitement, ce n’est rien un livre, ce n’est pas mon père, ce n’est même pas moi, ce n’est pas vous. C’est un objet qu’on range dans une bibliothèque ou qui traine dans un coin, dont on oublie l’existence quand soudain il se présente à nous à nouveau, pour mieux se rappeler à nos meilleurs souvenirs. Oui, c’est ça un livre, c’est un condensé de vie, c’est de la saudade écrite dans la douleur, c’est tout ce qu’on n’a pas vécu, c’est tout ce qu’il nous reste à vivre, c’est tous nos rêves non encore réalisés, c’est une porte ouverte sur une vie parallèle à la notre dont il faut trouver la clé, c’est toutes les larmes qu’il nous reste à verser, c’est tous les sourires échangés que nous avons manqués, c’est tous les reproches qui résonnent en nous qu’on voudrait faire taire, c’est toutes les directions qu’on n’a pas prises, c’est toutes les libertés qu’on s’est refusées, et toutes celles dont on nous a privées, c’est tout l’amour qu’on n’a pas donné, c’est tous les bons moments qu’on a laissés filer.
Luis Coixao
Je vous recommande vivement la lecture de ce livre ainsi que la visite de son blog : https://www.facebook.com/lusitanie